La Russie en question - Amnesty International France & L'ACAT

« Ai-je peur ? Je refuse de me cacher et d'attendre dans ma cuisine des jours meilleurs, comme le font les autres. »

(Anna Politkovskaïa - Douloureuse Russie, sept.2006)

Depuis que le président Vladimir Poutine dirige le pays d’une main de fer, la liberté d’expression est malmenée en Russie.

Poursuivant sa stratégie de reprise en main de la société civile, le président russe multiplie, directement ou indirectement, les actes d’intimidation, de harcèlement et les campagnes de diffamation visant les organisations non gouvernementales (ONG). De nouvelles dispositions législatives, ainsi que l'adoption d'une réglementation imposant aux associations de la société civile de rendre davantage de comptes, ont engendré de nouvelles restrictions à l'exercice du droit à la liberté d'expression et de réunion. Officiellement présentées comme des améliorations de la réglementation relative aux ONG, ces modifications permettent en pratique de surveiller plus étroitement le financement et les activités des organisations russes et étrangères, dans un flou juridique autorisant le règne de l'arbitraire et l'application de sanctions disproportionnées. De nombreuses associations risquent d’être contraintes de cesser leurs activités. La fermeture de la SART (Société pour l'amitié russo-tchétchène), qui surveillait la situation des droits humains en Tchétchénie, confirmée par la Cour Suprême russe le 23 janvier 2007, est un exemple parmi d’autres.

Les défenseurs des droits humains sont en butte à une hostilité croissante. Le 3 février 2006, le directeur exécutif de la SART, Stanislav Dmitrievski, a ainsi été déclaré coupable d'«incitation à la haine raciale» pour avoir publié des articles non violents écrits par des dirigeants indépendantistes tchétchènes. Les atteintes à la liberté d'expression et d’association peuvent prendre d'autres formes, telles que menaces, intimidations, harcèlement administratif, fermetures arbitraires de médias, interdictions de manifestations pacifiques, perquisitions et confiscation de matériel, destruction des installations…

Autre méthode, la fabrication de preuve : Bachrom Hamroev, opposant politique ouzbek réfugié en Russie où il défend les droits des personnes originaires d’Asie centrale et participe à la diffusion d’un journal démocratique (Harakat), a été condamné à un an et demi de détention pour possession d’héroïne, probablement glissée à son insu dans sa poche.

Dimitri Neverovski, objecteur de conscience, a passé 146 jours en prison pour avoir refusé de faire son service militaire en Tchétchénie. Mikhaïl Trepachkine a été condamné pour « divulgation de secret d’Etat » alors qu’il enquêtait sur les attentats de Moscou et s’apprêtait à remettre en cause la thèse officielle de la responsabilité des séparatistes tchétchènes.

D’autres thèmes, tels que le traitement des déchets nucléaires ou le matériel militaire russe, sont sensibles et exposent les scientifiques à des poursuites pénales pour trahison ou divulgation de secrets d’Etat. Igor Soutiaguine, chercheur en sciences nucléaires, Valentin Danilov, physicien, Grigori Pasko, journaliste spécialiste des déchets radioactifs, Alexandre Nikitine, défenseur de l’environnement, ont tous été condamnés en raison de leurs travaux ou de leurs publications.

Amnesty International et l’ACAT sont très préoccupées par les atteintes de plus en plus nombreuses à la liberté d’expression en Russie et demandent instamment aux autorités russes d’assurer la sécurité de tous les défenseurs des droits humains et des journalistes, notamment ceux qui travaillent dans la région du Nord Caucase. Les menaces et assassinats dont ils sont victimes doivent faire l’objet d’enquêtes systématiques et exhaustives. Les nouvelles dispositions législatives sur les ONG doivent être révisées de manière à garantir la liberté d’expression et d’association en Russie, conformément aux textes internationaux que la Russie s’est engagée à respecter.

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